06 nov. 2008 Michael AugustineRead in English
Mesdames et messieurs, bonjour!
Ceux et celles qui ont suivi l’actualité dernièrement savent que nous avons de nouveau une situation de statu quo à la Chambre des communes, à la suite de la récente élection fédérale qui a reporté au pouvoir le Parti conservateur et son chef, Stephen Harper, à la tête d’un gouvernement encore une fois minoritaire, quoique disposant d’une marge de manœuvre plus importante qu’auparavant. Inutile de vous dire que la dernière campagne électorale laissera probablement le souvenir d’une période de confrontation amplement marquée par la colère, l’indignation, l’incrimination, voire le dénigrement. Toutefois, malgré ce climat on ne peut plus houleux, nous avons pu assister à un certain nombre de débats substantiels. Des questions importantes ont ainsi fait l’objet de discussions et de débats qui ont donné lieu à des promesses de solutions. Cette élection étant maintenant chose du passé, je pense avoir suffisamment de recul pour disséquer succinctement le déroulement des événements et analyser les facteurs qui ont contribué à façonner le nouveau contexte gouvernemental.
Tout au long de la campagne, plusieurs questions ont occupé le devant de la scène et, parmi celles-ci, la dure réalité économique a particulièrement attiré l’attention. Cependant, la question qui a préoccupé au plus haut point les électeurs potentiels que nous sommes consistait à savoir quelles catégories de citoyens seraient laissées de côté en ces temps difficiles, selon le parti porté au pouvoir. Des groupes d’intérêts particuliers, des lobbyistes, des citoyens engagés, des syndicats, des partis politiques indépendants et plus particulièrement des radicaux ont ainsi profité de l’occasion pour lancer leur cri de ralliement et faire valoir leurs exigences, leurs besoins… leurs priorités figurant en tête de leur liste de préoccupations. Il m’a donc paru quelque peu décourageant que, en cette période où nous devrions unir nos efforts en tant que membres d’une même collectivité ou citoyens d’un même pays, nous n’ayons pas hésité à nous désolidariser, convaincus de défendre des causes plus importantes que celles de nos concitoyens.
Or, pendant tout ce temps, nous avons apparemment oublié une chose primordiale, à savoir que nous ne constituons pas un « pays libre », mais une démocratie, soit rien de plus qu’un simple système politique. À ce titre, nous devons garder à l’esprit que les « droits inaliénables » que nous nous attribuons n’ont en fait rien d’inéluctable et consistent plutôt en des privilèges accordés, en quelque sorte, par la collectivité. Nous jouissons de libertés, mais cela ne nous dégage pas de nos responsabilités. Aussi, ce qui importe plus que tout, c’est de savoir que nous avons la possibilité de poursuivre le bonheur, mais qu’il ne nous est pas dû.
La mentalité des militants sur le plan social a toujours été le fléau de la démocratie, mettant constamment en danger le fragile équilibre entre les milliers de besoins à combler, tout aussi importants les uns que les autres. C’est ainsi que certains n’hésitent pas à compromettre cet équilibre par des interventions offensives (voire violentes) pour mettre de l’avant leurs propres points de vue étriqués et souvent excessifs. Or, cette attitude égoïste provoque souvent des vagues exponentielles, telle une pierre jetée à l’eau, au sein de la société et contribue à propager une insigne étroitesse d’esprit et un manque de clairvoyance indéniable parmi les divers groupes ou organismes exposés à ces remous.
Je suis persuadé que chacun de nous s’est déjà vu lancé dans une diatribe condamnant soit la manière dont le gouvernement a agi dans certains cas, soit l’inaction de ce dernier dans d’autres circonstances. Il nous est peut-être même arrivé de nous engager à dénoncer ce qui, à nos yeux, constituait un véritable scandale. Il se peut aussi, qu’à certaines occasions, nous n’ayons pas hésité à « sortir les banderoles de l’indignation » pour exprimer une opinion essentiellement personnelle que nous croyions universellement partagée. Or, cette attitude peut-être dangereuse! Il importe, en effet, de conserver l’objectivité qui nous permet de reconnaître que, oui, il existe d’autres points de vue et que, oui, ceux-ci sont aussi valables que le nôtre, sans quoi le poids de nos arguments pourrait avoir l’effet d’une pierre jetée à l’eau.
En fait, depuis que je collabore avec la Société de la SP, je me suis heurté à plusieurs reprises à cette mentalité du chacun pour soi, opposant « nous » à « eux ». Elle est souvent celle des personnes lourdement éprouvées par la vie et qui, à cause de la colère engendrée par leurs épreuves, sont convaincues d’avoir droit à une certaine forme de compensation ou de dédommagement pour la souffrance qu’ils ont ainsi endurée. Je dois admettre, toutefois, qu’il peut être difficile de trouver des arguments contre ce point de vue.
La
Société canadienne de la sclérose en plaques, elle-même, a été fondée sur une plate-forme analogue, soutenant un idéal similaire, à savoir qu’une personne atteinte de SP a les mêmes droits que tout autre citoyen et que cette croyance mérite d’être défendue. Depuis soixante ans, nous n’avons cessé de défendre les droits des Canadiens et des Canadiennes aux prises avec la SP. Nous nous sommes employés avec passion à faire de la Société de la SP un chef de file de la recherche sur le remède de la SP et à permettre aux personnes atteintes de cette maladie d’améliorer leur qualité de vie. Toutefois, la passion et le militantisme exacerbé sont deux choses tout à fait distinctes, l’une permettant de rapprocher les gens, et l’autre ayant pour effet de les diviser.
Depuis le début, nous tentons de jeter des ponts. Nous avons toujours eu à cœur de collaborer avec tous les paliers de gouvernement et tous les partis, réalisant ainsi d’immenses progrès en matière de législation relativement aux droits des personnes handicapées ainsi que d’importantes avancées en faveur des membres de la Société de la SP. Nous avons toujours assumé nos responsabilités et nous continuerons de cultiver les liens que nous avons établis avec nos représentants élus. Nous sommes résolument déterminés à nous faire entendre à propos des questions qui nous préoccupent, et nous ne manquerons jamais à notre réputation exemplaire d’organisme bienveillant, constructif et coopératif.
Je suis donc très heureux de vous annoncer que j’ai accepté de m’engager dans une nouvelle voie au sein de la Société de la SP. Cette dernière m’a en effet chargé d’agir à titre de porte-parole de la sclérose en plaques, et ce, non auprès du grand public mais auprès des instances politiques chargées de nous gouverner. C’est pourquoi j’ai déjà commencé à m’initier sérieusement à l’art du lobbying ainsi qu’aux divers processus d’élaboration des politiques publiques. Inutile de vous dire que la tâche me semble un peu lourde, dans la mesure où la valeur de ma contribution dépendra en grande partie de ma capacité à bien représenter tous les Canadiens aux prises avec la SP, dont le nombre se situe entre 55 000 et 75 000, ainsi que les nombreuses autres personnes travaillant à stopper définitivement la SP. Bien entendu, il me faudra encore affronter certaines mentalités qui, comme je vous l’expliquais précédemment, feront que des personnes seront tout aussi déterminées à ne pas soutenir ma cause qu’elles le seront à poursuivre leur idéal et à défendre leurs programmes. Toutefois, je compte bien demeurer un passionné, non un militant. Je continuerai de miser sur la générosité et la raison tout en collaborant avec nos représentants élus pour chercher des solutions et non en travaillant contre eux dans un esprit de confrontation.
Vous qui lisez le présent message, qui cherchez à prendre la parole pour vous et vos proches, je vous invite à ne pas imiter ceux ou celles qui n’hésitent pas à s’autoproclamer défenseurs d’une cause pour ensuite prendre l’initiative de parler égoïstement au nom des autres. Nous avons tous notre propre opinion et souhaitons tous nous faire entendre. Oui, c’est vrai. Je me permets présentement de parler au nom des gens qui ont la sclérose en plaques. Or, si je le fais, ce n’est pas à titre personnel, mais plutôt en tant que représentant chargé de faire valoir vos idées, vos besoins, vos attentes, vos aspirations et vos rêves.
Dans cette optique, je vous encourage vivement à faire connaître vos besoins et vos espoirs, non pas de manière agressive, mais en des termes dont nous, à la Société canadienne de la sclérose en plaques, pourrons nous faire l’écho en vue de poursuivre notre rêve, soit de stopper la SP. N’hésitez pas à me faire part de vos grandes préoccupations. Faites-les connaître à votre section ou à votre unité. Communiquez avec votre division et parlez-lui de vos attentes vis-à-vis de notre gouvernement et de la manière dont nous pourrions collaborer pour que les aspirations de chacun se concrétisent enfin.
Ensemble, nous pouvons agir et voir tous nos espoirs se réaliser. Ensemble, nous stopperons la SP!
Irrévérencieusement,
Aug, votre serviteur résolument passionné!